Jeanne Fort

Article paru dans le magazine Houdemont Information de septembre 2007


Place du Marché à Nancy

Jeanne Fort est la doyenne de Houdemont et vient de fêter ses 95 ans. Appréciée pour sa vaillance et sa convivialité, celle que tout ses proches appellent ici "La Jeannette", fait partie des personnages marquants de la ville. Portrait de la vie d'une femme attachante qui continue à regarder droit devant.

Les années marché
de Jeannette Fort

 
Place Henri Mengin
 
Nous sommes le 17 août 2007. Nous frappons à la porte. Une voix claire et franche nous invite à entrer. Jeanne Fort nous reçoit avec un sourire à la fois tendre et malicieux. Elle semble avoir atteint une étonnante sérénité.
 
Jeanne est née à Houdemont en 1912, elle avait deux sœurs et un frère. La famille Ducret habitait place du Château au-dessus du café. Son père exerçait la profession de mineur. Jeanne était proche de sa mère, elles ont travaillé longtemps ensemble. Comme toutes les petites filles de la commune, elle a fréquenté l'école de la rue des Jardins. Elle se souvient de son institutrice, une dénommée Marie : une femme juste au grand cœur.
 
Après l'école, Jeanne commence sa carrière comme beaucoup de jeunes filles du pays à la filature de la rue des Jardins. Pendant plusieurs années, elle fabriquera des pelotes de laine avec minutie.
 
Jeannette a toujours aimé les sorties. C'est d'ailleurs de cette façon qu'elle a rencontré celui qui allait devenir son époux pendant 54 ans. « J'ai connu Edmond à la Foire de Nancy. Il était bonisseur au mur de la mort *, son rôle était de crier pour attirer les clients et faire tourner cette attraction, entre nous, aussi dangereuse que spectaculaire. A l'époque, mon époux travaillait beaucoup sur les chantiers du chemin de fer. »

En direct des Halles

Jeannette et Edmond se sont lancés en tant que maraîchers avec presque rien. Pendant que son époux cultivait leur verger, Jeannette partait avec sa mère vendre la production à Nancy. Cette période de sa vie l'a beaucoup marqué et elle la raconte si bien.
« Les premières années, je partais à pied avec ma charrette à quatre roues dans la nuit. Il fallait être de bonne heure place Henri Mengin pour n'avoir que du beau. J'avais d'ailleurs une excellente clientèle. Je faisais deux aller-retour par matinée car ma charrette ne pouvait contenir que deux paniers.» On supposera donc que pour arriver à 3h30 à Nancy en ayant plus de 6 kilomètres à parcourir, la jeune Houdemonaise devait quitter son domicile vers 2 heures du matin. « L'obtention de mon permis de conduire au début des années 40 m'a bien simplifié la tâche.

J'ai connu le marché par tous les temps. Notre stand étant situé à l'extérieur, je lestais notre bâche avec des sacs de carottes. Je me souviens qu'une année il a fait si froid, qu'un jour mes doigts sont restés collés à un poids. »

A l'époque, les commerçants étaient très contrôlés. Le service des Poids et Mesures passait régulièrement vérifier les poids utilisés pour tarer la marchandise afin de protéger les consommateurs. Le marché de Nancy avait lieu trois fois par semaine. « Je me souviens, Maman avait pris l'habitude de nous acheter un croissant chez le pâtissier. »
 
« C'était une époque formidable, en plus de 25 ans, je n'ai jamais eu un mot avec quiconque. Nous formions comme une grande famille. Le jour où je suis partie, il y en a qui ont pleuré. »
 
« Au fur et à mesure, nous avons acheté des terrains. Et puis les petits bouts ont fini par faire un grand bout. Nous avons vendu notre petite bicoque de la rue du Fonteno pour bâtir quelques mètres plus loin et nous avons investi dans une voiture. A la fin, nous étions de gros producteurs, notamment de rhubarbe. Nous avions passé un marché avec Cora pour lequel nous nous engagions à livrer 80 à 100 kg de rhubarbe chaque jour.
Je peux alors vous dire que pendant ces périodes il fallait être efficace. Mon mari arrachait les tiges et moi je la coupais et je la pesais et ainsi de suite.»

 Jeanne a toujours aimé être entourée. Elle organisait de nombreuses réceptions pour ses amis dont certains se souviennent encore. Elle adorait aussi danser et a fréquenté les nombreux bals organisés salle Kléber. « J'ai toujours pris beaucoup de plaisir à danser. Une année, j'ai même remporté le premier prix de valse. »
 
Jeannette s'est toujours plu à Houdemont. Elle y a habité jusqu'à 91 ans. « J'ai eu la chance d'avoir d'excellents voisins et amis qui ont pris soin de moi et qui viennent régulièrement me rendre visite aujourd'hui. »
 
Adhérente de l'ARPA Houdemont depuis plusieurs années, Jeannette est connue au foyer Gaston Lelièvre pour ses parties de scrabble du jeudi qu'elle ne manquait sous aucun prétexte et pour la bonne humeur qu'elle répandait dès son arrivée. Elle continue à se tenir informée de la vie de Houdemont par le journal de l'association depuis son appartement à Nancy de la résidence Saint-Rémy. Jeannette s'y est fait de nouveaux amis parmi les locataires et participe aux activités et sorties organisées.
 
De notre part à tous, nous souhaitons, pour ses 95, à notre dynamique et charmante doyenne un joyeux anniversaire.
 
Etat civil :

Jeanne Ducret est née le 17/08/1912 à Houdemont.
Elle se marie le 02/02/1932 à Houdemont avec Edmond Fort né le 01/03/1905 à Beaurepaire (71).
3 Fils : Bernard, Christian et Michel.
7 petits-enfants : Aurélie, Adrien, Caroline, Nicolas, Joris, Orianne et Hugo.

(*) motos qui tournaient dans une boule.