Pierre Munier


Article paru dans le magazine Houdemont Information de juin 2006


Pierre à la gare de Houdemont

Pierre Munier n'aime pas faire d'histoires. Par contre il aime bien les raconter. Il a aujourd'hui 80 ans et s'affaire toujours autant pour le bien vivre à Houdemont. Rencontre avec un homme généreux, résolument moderne et plein d'humour...

Sur les rails
de Pierre Munier
Pierre en excursion avec ses amis du
Cercle d'Etudes Locales
 
P'erre Munier et son épouse ont
quitté Nancy en 1964 pour emménager à Houdemont en 1958.
« Notre logement était devenu trop petit. La construction était trop chère à Nancy. Un jour, nous avons eu vent de l'ouverture d'un lotissement à Houdemont. Je suis allé trouver le maire de l'époque qui a accepté notre dossier. Nous étions intéressés par la bonne desserte de trains permettant aux enfants de se rendre au collège à Nancy. Le voyage durait seulement 10 minutes. Je rentrais ainsi manger chez moi tous les midis ».

Le train :
une seconde famille


Pierre Munier n'a jamais eu besoin de voiture. Le train est son moyen de transport favori. Il a passé 40 minutes par jour dans les wagons pendant toute sa carrière. C'est presque pour lui une annexe de son domicile. « Je suis devenu légendaire à Houdemont car j'étais toujours le dernier à monter. Je courrais à travers les champs de vaches pour rattraper les wagons. La rumeur disait que le train m'attendait ». Les trajets quotidiens en train tissaient des liens entre les usagers. Chacun montait dans un compartiment bien précis, selon ses affinités. « Le train c'est une famille. On se souhaitait les fêtes, les anniversaires, les départs en retraite... »

L'activité économique à Houdemont

En arrivant à Houdemont les Munier ont trouvé un village au visage bien différent de celui d'aujourd'hui. Leur lotissement était le premier de la commune. A l'époque, les nouvelles étaient annoncées par l'appariteur qui sillonnaient les rues en battant son tambour. Il y avait plusieurs commerçants. Quatre cafés, une boulangerie (qui apportait le pain à domicile), un cordonnier, un distillateur, et une coopérative. Les habitants allaient chercher les oeufs et le lait à la ferme. Pour le reste, les habitants se fournissaient auprès des marchands ambulants. De nombreux résidants travaillaient, comme Pierre, à Nancy. Une usine de tissage, située derrière l'église, embauchait quelques habitantes de Houdemont.
Le village était autonome au niveau de sa consommation d'eau grâce à la qualité et la pureté de la source du Fonteno. Elle suffisait à couvrir les besoins de la population (ce qui ne pourrait plus être le cas aujourd'hui avec 6 fois plus d'habitants).
 « Avec la proximité de Nancy, nous sommes restés en grande partie une cité dortoir, le train véhiculant la main d'oeuvre. La manne est arrivée dans les années 70 avec la zone commerciale et industrielle. La venue de Carrefour (prédécesseur de Cora) a créé de nombreux emplois. Notre situation était enviée par les autres communes ».
Droguiste, rue Raugraff

Pierre a côtoyé le même patron pendant 46 ans . Il travaillait dans une droguerie à Nancy, rue Raugraff. En 1940, les livraisons étaient assurées par des voitures à chevaux. Les marchandises n'étaient pas emballées par petites quantités. Tout s'achetait au poids. C'était un métier physique car les produits étaient conditionnés en fûts pesant jusqu'à 400 kg. « Je vendais dans des cornets (1) du chlorate de soude, du soufre, des colorants naturels... Les clients m'achetaient du silicate de soude pour conserver les oeufs. La droguerie, on ne sait pas où ça commence, ni où ça fini ! On fabriquait la peinture, le client nous apportait un échantillon de son papier peint et on lui composait une teinte adaptée à son décor. Il y avait des droguistes dans tous les quartiers. A chaque fois qu'un café fermait, une droguerie reprenait son emplacement. »
La circulation automobile était très peu dense, les gens prenaient le tramway. Pierre Munier a vu s'implanter les deux premiers feux à Nancy, au carrefour de la rue Jeanne d'Arc et au Point Central. L'allumeur de réverbères à gaz les mettait en service chaque soir et les éteingnait chaque matin, à l'aide de sa petit échelle qu'il transportait sur l'épaule. La fiscalité était différente, on devait payer l'octroi pour faire circuler les marchandises. « On rusait un peu, on essayait de contourner les péages, pour faire des économies. Je me souviens qu'à la gare, il fallait payer des droits pour passer un litre de mirabelle en provenance de la campagne ».

« J'aurais sûrement été malheureux si on m'avait empêché de bouger !  »

Houdemont possédait une minuscule salle des fêtes du nom de son bienfaiteur : Kléber. On y faisait du théâtre et on y célébrait la fête des mères et la remise des prix des écoliers. « Notre seule réjouissance avant la création du Clairon, c'était les bals du samedi soir. Nous organisions une bonne quinzaine de bals par an. Je tenais les entrées, pendant que mes amis s'occupaient de la buvette ».
Le développement rapide de l'habitat dans la commune dans les années 80, s'est accompagné par l'essor de la vie associative. Pierre Munier s'est beaucoup investi dans ce domaine et on se demande de quelle association il n'a pas fait partie. Il est président de l'ARPAH, membre de l'AMC, du CEL, des Randonneurs Houdemontais... Il s'occupe aussi des permanences paroissiales.
Son épouse est présidente du Club de jeux de société.« La vie associative m'a permis de réaliser beaucoup de choses.
 « Je participerai, pour la vingtième fois, à la randonnée dans les Alpes avec les randonneurs le mois prochain. Grâce à l'association, j'ai appris à bien connaître cette région. J'ai une vie bien remplie, mais j'ai aussi la chance d'avoir une femme formidable qui m'a accepté tel de je suis et a su gérer mes absences au sein de mon foyer ».

En plus de son action associative, Pierre Munier a pris des responsabilités à la municipalité. « Aussitôt arrivé dans le village, le maire, Monsieur Cossart, est venu me trouver pour faire partie de sa liste pour les élections de 1959. Je me suis laissé convaincre et j'ai fait partie du conseil municipal pendant 25 ans. »
Pierre Munier a partagé son temps entre sa vie familiale, celle de la municipalité, des associations et de la paroisse. 48 ans de bons et loyaux services pour Houdemont. Un dévouement animé par une envie de croquer la vie à pleines dents, de construire avec les autres pour un cadre de vie harmonieux.

« Le changement d'aspect de notre environnement est considérable. D'une commune rurale, nous sommes devenus une commune urbaine, tout en conservant une dimension humaine. J'avais 32 ans quand je suis arrivé à Houdemont. J'ai maintenant quatre fois vingt ans et je ne comprends pas comment le temps est passé si vite. Je voudrais avoir la joie de célébrer mes noces de diamant avec Marie-Thérèse l'année prochaine. Mais n'anticipons pas... ».


(1) Mot lorrain utilisé pour sachet.





Pierre et son patron à la droguerie Perrin rue Raugraff



Etat civil :

Pierre Munier est né le 8/02/1926 à Nancy. Il se marie en 1947 à Marie-Thérèse Menet née le 28/07/1926 à Sotteville-les-Rouen. 4 enfants : Françoise - 6/11/1948,
Marie -11/02/1950, Gérard - 4/07/1953 et Elisabeth - 1/10/1956.
7 petits-enfants : Aurélie, Adrien, Caroline, Nicolas, Joris, Orianne et Hugo.